• Dans la foule, de Laurent Mauvinier

    Dans la foule, de Laurent Mauvinier

     

    Mais elle rit. Oui, c’est ça, elle rit maintenant, d’être ici, d’être seule avec nous. Ça la fait rire, dit-elle, de n’avoir toujours pas appelé en Italie. Elle imagine la tête outrée et furibarde de la mère de Francesco, ah, oui ! Surtout la mère de Franscesco, quand elle va apprendre que,

    parce qu’il va falloir lui dire que,

    reconnaître que,

    alors non, elle dit que c’est impossible pour elle d’appeler maintenant, parce qu’il fallait d’abord commencer par rassembler ses idées et se concentrer mais que c’était impossible, à cause du tranquillisant qu’on lui avait donné à l’hôpital. Et elle dit, en pouffant de rire et en pleurant, agitant les mains devant les yeux qui cillent trop  vite, que là, tout de suite, si on devait lui dire de raconter, bof, ce ne serait pas très intéressant. 

     

    Le livre en bref

    Année de sortie : 2006

    Auteur : Laurent Mauvinier

     Nombres de pages : 427 pages (Les Editions de Minuit / Collection "double")

    Genre : Drame, Histoire

     

    De quoi ça cause

    Jeff et Tonino venus de France, Geoff et ses frères de Grande-Bretagne, Tana et Francesco qui viennent de se marier en Italie, mais aussi Gabriel et Virginie de Bruxelles, tous seront au rendez-vous du "match du siècle" : la finale de la coupe d'Europe des Champions qui va se jouer au stade du Heyssel ce 29 mai 1985.

     

    Dans la foule, de Laurent Mauvinier

     

    Ce que j'en pense 

    Ce livre, je ne l’ai pas choisi. Il m’a été offert en même temps que tous les livres ayant reçu le prix FNAC depuis 1998. Autant dire que j’ai un paquet de bouquins sous la main à lire. Après l’avoir pioché au hasard, j’ai commencé à le lire, et autant dire que je ne partais pas encouragée.

    Tout d’abord, le sujet principal du livre est le football. La Coupe d’Europe vient de se terminer, je n’étais pas dépaysée, mais ce n’est pas un sujet qui me passionne. Néanmoins, le roman revient sur un événement majeur du football puisqu’il s’agit de la coupe d’Europe des champions qui se joue au stade du Heysel, le 29 mai 1985.

    Sur la forme, le roman est particulier. Séparé en trois parties relatant les différentes périodes de l’événement : avant, pendant et après ; l’oeuvre est composée de chapitres longs, quoique devenant plus courts dans la troisième partie, où s'alternent différents points du vue (celui de Jeff, Geoff et Tana) qui parlent à tour de rôle. Cette alternance entre les voix est très perturbante et c’est ce qui a faillit me faire lâcher le roman. En effet, il n’y a aucune annonce avant un changement de voix. Seulement deux lignes sautées pour laisser au lecteur le temps de comprendre que c’en est fini de tel personnage, et qu’il faut maintenant voir le monde à travers le yeux de celui-ci. En plus de ça, les chapitres sont longs. Pour moi qui aime beaucoup les chapitres courts, puisqu’ils permettent de s’arrêter quand on veut dans la lecture, c’est assez embêtant.

    Sur le fond, la première partie est longue. C’est la mise en place de la situation, la présentation des personnages, de leur psychologie et des actions qui mèneront à la catastrophe et à ses conséquences. A partir de l’émeute, l’histoire s’accélère, gagne en intensité et en intérêt. Le style de l’auteur se dévoile également.

    Sur le plan littéraire, c’est d’une grande qualité. L’auteur joue avec les codes stylistiques et sur la forme pour mettre en scène le désordre la panique, le désarroi avec des phrases qui n’ont ni majuscule ni point, des paragraphes qui se terminent une ligne plus bas, reflétant une idée sans fin mais parfaitement compréhensible. Là où l’alternance de point de vue gênait dans la première partie, elle s’intègre parfaitement à la panique ambiante, à l’angoisse et le désespoir de certains personnages face à cette catastrophe. L’impression d’être dans la tête du personnage se renforce par le choix des mots, le rythme des phrases (saccadées, longues et parfois avec une impression de maladresse) et vraiment, par le manque d’organisation dans les pensées des personnages.

    Au niveau des protagonistes, ils sont tous intéressants. J’ai une préférence pour Jeff, qui agit maladroitement et qui ressent des scrupules pour avoir volé le ticket de Gabriel. C’est un personnage qui semble fragile, mais qui est finalement d’une grande force et qui reste droit dans ses convictions. Le couple qu’il forme avec Tonino (couple d’amitié) est soudé et complémentaire. Leur relation apporte beaucoup au roman.

    Tana, qui est l’autre personnage majoritaire du livre (elle apparaît plus tard que les autres, mais boucle l’oeuvre). Il s’agit d’une figure très touchante par sa détresse et sa panique. Le changement que cause cet événement dans sa vie n’est pas négligeable : il l’a transforme de manière définitive, et sa reconstruction est longue et difficile.

    Quant au dernier personnage : Geoff, il s’agit du protagoniste que j’apprécie le moins. Il nage entre deux eaux, coincé entre des frères trop envahissants et sa fiancée qui tente de le tirer vers le « bon côté ». C’est réellement un personnage tiraillé entre ses envies qui comprend avoir fait une erreur qui le poursuivra toute sa vie en ayant participé à ce mouvement de foule.

     

    En somme, ce livre est très bon au niveau littéraire, mais sur le fond, les longueurs gênent le lecteur et l’alternance des points de vue perturbe lui font perdre le fil de la lecture. Le sujet, intéressant car assez méconnu, est bien traité et maîtrisé et je vous encourage à aller voir les images sur YouTube, pour la compréhension de faits qui est, en raison de la panique des personnages, difficile, mais également pour mieux se représenter ce qu’il s’est passé ce jour-là.  

     

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